dimanche 28 février 2010

Le syndrome Manstein

Réflexions suite à la lecture du livre de Benoît Lemay : "Erich Von Manstein, le stratège de Hitler" aux éditions Perrin (2006)

Résumé (très rapide ...) : Erich Von Manstein fut le concepteur du fameux "coup de faucille" (attaque par Sedan) qui détruisit l'armée française en mai 1940. Concepteur seulement car Hitler, bien qu'enthousiaste par la présentation de son plan (contre l'avis de sa hiérarchie !) préféra le mettre en oeuvre lui-même. Sa réalisation approximative permit le fameux "miracle de Dunkerque" et c'est surtout l'audace et la ténacité de Guderian - chef opérationnel des Panzers - qui permit sa réalisation alors qu'Hitler affolé par le succès voulut tout arrêter en plein milieu.
Von Manstein se fit ensuite connaître par la prise en juillet 1942 de la forteresse de Sebastopol en Crimée qui était alors réputée imprenable. Il fut nommé par Hitler Feld-Maréchal, le grade le plus élevé de l'armée de terre et prit le commandement du groupe A (Armée du Caucase) et fut chargé,après la contre-offensive russe sur Stalingrad, de dégager la 6ème Armée. Il n'y arriva pas mais les experts militaires sont aujourd'hui d'accord qu'il sauva, par ce sacrifice certes significatif - 200 000 hommes, le reste des armées du Sud (plus d'un million d'hommes) dont la perte aurait sans doute signifié la fin de la guerre pour l'Allemagne.
Au printemps 1943, il réussit une série de batailles "défensives" qui se traduisirent par des contre-attaques réussies très coûteuses pour les Russes.
Hitler lui imputa l'échec de la bataille de Koursk en été 1943, mais la vrai raison de sa disgrâce survenue début 1944 (soit 1 an et demi avant la fin la guerre !) était ailleurs : Hitler ne supporta pas les demandes répétées de Von Manstein d'obtenir l'autorité sur la conduite du front de l'Est afin de pouvoir quand nécessaire replier ses troupes pour mieux contre-attaquer ensuite.
Au même moment, le "Times" titrait sa une sur Von Manstein en le qualifiant de meilleur maréchal de l'armée allemande !

Tous les experts militaires s'accordent sur le fait que c'est justement cette double volonté d'Hitler de commander lui même ses armées tout en ne leur accordant jamais le droit de retraite qui engendra l'effondrement si rapide du front Est à partir de la mi-1944. En fait, ce qui ne plaisait pas à Hitler c'était que Von Manstein connaissait parfaitement les limites du possible d'une armée, et essayait toujours de vérifier l'adéquation entre l'objectif, les moyens et le terrain. La force de ce dernier tenait en la combinaison de la théorie (il était officier de métier) et de la pratique (notamment les visites quotidiennes sur le front qu'il s'imposait en toutes circonstances).

A partir de mi 1944, donc, Hitler continua de couvrir Von Manstein d'honneurs et de récompenses diverses, tout en acceptant de plus en plus difficilement d'écouter ses récriminations et suppliques, mais refusera jusqu'à la fin de lui redonner le moindre commandement, au plus grand désespoir des autres généraux qui voyaient en celui-ci le seul capable de sauver l'Allemagne.

On voit bien là une différence fondamentale avec l'attitude de Staline qui laissa, à partir de fin 1942, la conduite des opérations à ses maréchaux. L'attitude d'Hitler ne peut se comprendre que par sa conviction absolue d'être dans le vrai et son refus non moins absolu de se confronter aux résultats de sa stratégie et à tous ceux qui en doutaient.

Revenons au monde du business, où la compétition pour en être différente n'en est pas moins cruciale. Le patron mégalo-maniaque et sûr de son talent, qui ne délègue pas et qui se sépare de tous les talents susceptibles de lui faire de l'ombre, et qui entraîne sa société dans un gouffre, c'est quand même assez répandu (Tchuruk et Messier me viennent à l'esprit, mais il y en a pas mal d'autres ...)

Comment cela est-il possible ? une réussite initiale qui donne crédibilité au top-manager et lui fait croire à son infaillibilité, une pratique autoritaire et clanique du pouvoir qui fait taire les contradictions et les débats, et ensuite une total cécité face aux premiers échecs de sa politique.

Il serait intéressant de retrouver tous les Manstein de Vivendi et Alcatel, virés pour la plus grande perte des groupes auquels ils appartenaient, et de savoir ce qu'ils sont devenues (car dans le Business il peut y avoir une 2ème chance !)

lundi 15 février 2010

Automobile, chômage et usine à gaz

Quel rapport entre l'automobile et le chômage ?

Aux Etats-Unis, le prix des voitures américaines étaient depuis longtemps grevé du coût des retraites des salariés américains. En France (et dans la majeure partie des pays européens), le coût d'usage d'une auto est fortement grevé de taxes diverses. Résultat : chute des ventes, compensée plus ou moins par des incentives gouvernementales à l'achat qui font un peu penser à la politique HP ou Nespresso : achetez mon imprimante ou ma cafetière à bon prix, et ensuite devenez mes assujettis.
Malgré tout, la tendance semble assez irréversible : l'utilisation de la voiture dans la ville recule nettement et les ventes d'essence connaissent depuis quelques années une décroissance en France.

Ayant fait son sort à l'auto, qu'en est-il de l'emploi ?
L'emploi en France (mais pas seulement) supporte depuis quelques décennies le coût de l'explosion des dépenses de santé et des retraites. Résultat, sa compétitivité s'est fortement détérioré, notamment vis à vis des pays neufs qui ne connaissent pas ce type de handicap.

Alors ? Et si baisse du poids de l'auto et hausse du chômage dans les pays développés étaient 2 tendances lourdes générées par l'avidité de l'État ayant chargé inconsidérément la barque depuis quelques décennies ? La présidente du Medef vient de proposer l'exonération de charge totale sur les embauches des chômeurs en fin de droit. On reste dans la logique des incentives et des usines à gaz.

A quand un impôt unique et égal pour tous remplaçant tous ces systèmes ineptes et contre-productifs ? Une TVA à 25% par exemple en échange d'une suppression des taxes sur l'automobile et sur les salaires. L'apparente injustice pour les revenus modestes serait compensée par la pérénisation d'un système de redistribution aujourd'hui à bout de souffle en raison de l'asséchement des capacités productrices dans notre pays.

En période de guerre, les gouvernements donnent toujours priorité à l'approvisionnement du front par rapport à l'arrière. Il est vrai que dans une guerre économique, qui plus est avec le parapluie factice et temporaire de l'euro, la répartition efficace des ressources est plus longue à être décidée car l'urgence et les conséquences ne sont pas présentes au plus grand nombre immédiatement.

Qu'on y songe : rien n'empêche un salarié de quitter son pays s'il estime pouvoir avoir une meilleure rétribution ailleurs. Les Irlandais et les Italiens ont fait les Etats-Unis au siècle dernier. En France, la part des jeunes diplômés qui trouvent leur premier job à l'étranger devient impressionnante. comment seront payées nos retraites dans ces conditions ?

Alors : usines à gaz pour soutenir l'automobile et régler le problème des retraites ou retour au bon sens et à la simplicité ? Pour l'instant, je ne vois rien de vraiment engageant dans les réflexions. Le problème des usines à gaz, c'est qu'il faut sans arrêt les complexifier pour réparer les défauts permanents révélés par l'exploitation !

mercredi 10 février 2010

Un grand merci à nos amis grecs !

Un grand merci à nos amis grecs !

Ils viennent de réussir en 15 jours quelque chose d'indispensable mais qu'on n'avait pas réussi à faire depuis 4 ans, à savoir initier un net mouvement de baisse de l'euro (je mets de coté la hausse du dollar liée à la crise de septembre 2008). On peut être également certain quand on voit l'ineptie du programme de réduction des dépenses publiques grecs que la baisse n'en est qu'à son début, si les marchés attendent des résultats pour changer d'avis ...

Vraiment, je ne veux pas insulter nos amis grecs mais il semble évident que l'euro s'apparente pour eux à la pierre attachée au prisonnier jeté dans le lac. Arriveront-ils à s'en dépêtrer avant la noyade ? Je le leur souhaite, mais je n'en suis pas certain.

Revenons à l'euro. J'ai toujours pensé qu'il n'y avait aucune raison qu'un euro vaille plus qu'un dollar. Bien sûr, le combat euro dollar s'apparente à la lutte de l'aveugle et du paralytique : l'issue est incertaine. Le dollar a mille raison de plonger et de nous laisser avec le problème d'un euro sur-évalué.

Devant admettre que sur les évolutions des taux de change, bien malin celui qui peut prédire l'avenir, je souhaite développer rapidement non pas mes certitudes sur la baisse de l'euro mais pourquoi je pense que ce serait une bonne chose si elle pouvait se poursuivre.

2 raisons à cela : d'une part, la baisse matérialise l'appauvrissement relatif de la zone euro dans un monde qui progresse. Bien sûr, je préférerai le contraire mais je pense malgré tout qu'il est sain qu'une monnaie reflète fidèlement l'évolution de l'économie. D'autre part, un euro qui baisse signifie plus d'inflation et pénalise ceux qui ne peuvent ajuster leurs revenus au détriment des entreprises et des salariés des entreprises privées qui ont besoin aujourd'hui de ce coup de pouce lié à la chute de l'euro.

Donc, merci aux grecs, en attendant que les autres membres du club des "PIGS" fassent parler d'eux, tout en sachant que nous sommes en France encore moins vertueux qu'eux, mais la vertu n'est heureusement pas le baromètre des marchés financiers ...

jeudi 4 février 2010

Où va l'économie ?

Il est de coutume d'attribuer au mois de janvier des vertus particulières pour la prédiction de l'année entière : il en va ainsi pour la météo comme pour la bourse. Le moins qu'on puisse dire, c'est que janvier (ainsi que début février) aura été marqué par une tendance heurtée. A la petite euphorie des vœux et du changement d'année succède le découragement et la lassitude ....

Alors, où va l'économie ? Je ne suis ni devin ni économiste, simplement je souhaite partager quelques réflexions de bon sens. Le cadre général, que nous connaissons tous, peut être résumé ainsi : pour ce qui concerne l'économie, des doutes sur la réalité de la reprise (cf l'emploi) et de grandes inquiétudes sur la dette publique. Pour la bourse, les pessimistes pensent que les problèmes économiques entraîneront tôt ou tard les marchés à la baisse. Les optimistes rappellent que les actions ne sont pas chères actuellement et que les hausses se font toujours dans la crainte et la peur ....

On sait tous que l'emploi est le dernier indicateur à s'améliorer après une récession, et, cette crise ayant été exceptionnelle, il n'est pas étonnant que l'amélioration tarde à venir. Dans cette querelle entre les anciens et les modernes, on peut quand même, me semble-t-il, faire ressortir quelques faits incontestables :

1) La croissance se fait depuis quelques années en Chine, Inde, Asie du Sud-Est et Brésil. Ces 4 blocs qui représentent presque la moitié de la population mondiale sont en très forte croissance depuis quelques années. La Chine sera sous peu la 1ère puissance économique mondiale (elle l'est d'ailleurs déjà par son actif net !). Cette croissance a été à peine impactée par la crise et tout laisse à penser (démographie, productivité, investissements ...) qu'elle va encore s'accélérer. L'interrogation sur la reprise concerne un monde en train de devenir minoritaire : le nôtre (les pays dits développés).

2) Nos grandes entreprises, pour la plupart cotées en bourse, bénéficient et bénéficieront à plein de cette croissance dans les prochaines années. On a été surpris par leur capacité de résistance à la crise, mais une des raisons était sans doute là.

3) L'emploi chez nous ne redémarrera que très doucement : les entreprises ont profité de la crise pour ajuster drastiquement leurs effectifs et les gains de productivités futurs leur permettront de remettre à plus tard les recrutements, en dehors de ceux rendus nécessaires par la croissance de l'activité.

4) Les états dits développés (cette formulation devrait d'ailleurs nous alerter car si on parlait d'un individu, à force de développement, le cimetière n'est plus très loin ....) vont devoir tailler dans leurs dépenses pour réduire leur déficit, la hausse des impôts étant illusoire. Cette réduction des dépenses sera plus facile qu'on le pense habituellement en France en raison d'une part du niveau de sur-investissement des dernières années (routes, carrefours, écoles, équipements sportifs par les mairies, conseils généraux et régions ...) et des progrès possibles dans l'efficacité de la dépense. Aux Etats-Unis, un départ de l'Irak et de l'Afghanistan réduirait pas mal les dépenses ...

En conclusion : mon pronostic est le suivant : une croissance modeste en Europe et aux Etats-Unis qui ne permettra pas d'obtenir des résultats sur les fronts de l'emploi et du déficit, la solution se trouvant dans la durée et dans la douleur par un ajustement des prix et des salaires, reflétant notre position désormais secondaire sur l'échiquier mondial. Face à nous, une zone de croissance absorbant de plus en plus les produits et services des grands groupes mondiaux tirant leur épingle du jeu. D'où un paradoxe qui n'est qu'apparent : un chômage qui ne baisse pas mais des résultats en hausse pour les grandes entreprises européennes et américaines.

C'est finalement le consensus qui se dégage des professionnels de la bourse, qui, sans exclure une poursuite temporaire de la chute actuelle, voient les marchés terminer sur une hausse à 2 chiffres en 2010. Soit de loin le meilleur placement possible.

mardi 26 janvier 2010

L'importance du symbolisme dans le nazisme justifie le questionnement sur Wolfsburg

Dans mes posts précédents, j'ai développé étonnement et malaise devant le choix surprenant fait pour renommer après la guerre la ville créée par Hitler pour accueillir l'usine Volkswagen : Wolfsburg - du nom de l'animal qui l'a symbolisé toute sa vie (très nombreuses références développées : la plus forte étant sans doute le nom de son QG en Prusse Orientale où il passa la quasi totalité de ses 2 dernières années : la tanière du loup). Ainsi c'est une évidence rappelée dans la plupart des ouvrages sérieux : Hitler s'assimilait en tout point à un loup.

J'ai également répondu à une question : n'est-ce pas là un détail, malheureux certes, mais qui ne vaudrait pas qu'on s'y attarde davantage ? Je comprends qu'on pense cela, mais m'étant replongé dans des ouvrages racontant l'expérience absolument terrifiante que fut le nazisme, je ne le pense pas, et je souhaiterais développer ce dernier aspect - non évoqué dans mes précédents posts - qui expliquera la motivation des actions ultérieures nécessaires (auprès de Volkswagen, de l'État allemand et de la ville de Wolfsburg), et dont je ne manquerai pas de vous tenir au courant.

Sur la force du symbole du loup : je cite un extrait du blog de Françoise Delvaux : La symbolique du loup – extraits : "Un de ses plus terribles avatars modernes nous parvint par le biais du nazisme. Quand nous associons nazis et loups, nous obéissons en fait à une volonté délibérée des nazis eux-mêmes. Pour éviter les références judéo-chrétiennes, le Reich et ses mystiques ont abondamment puisé aux mythologies germaniques, au sein desquelles loups, loups-garous et autres hommes-bêtes occupent une place de choix. En Bavière par exemple, région-berceau du Parti par excellence, les croyances en la Horde Sauvage ont toujours été vivaces). Les photos et documents filmés de l'époque hitlérienne nous montrent des loups stylisés ornant quantité d'oriflammes et de tambours, mais plus intéressant encore est d'apprendre qu'un commando chargé, à la fin de la guerre, de dépister et massacrer les traîtres au Führer prit pour nom Werwolf Oberbayern : le Loup-garou de Haute-Bavière, revivifiant ainsi le mythe de la plus horrible façon".

En effet, un aspect qui frappe quand on replonge dans les livres traitant du système nazi et qu'on oublie forcément car on n'a plus ce type d'exemple devant nos yeux, fort heureusement, c'était l'accent absolu mis sur le symbolique. Plusieurs exemples me viennent à l'esprit : l'obligation du salut nazi en toute circonstances et pour tous (les réfractaires étant passibles des camps ...), le symbole de la croix gammée (rappelons qu'elle reprenait un symbole indien de la roue de la vie, mais en inversant le sens afin de symboliser le chaos). L'omniprésence des SA d'abord puis des SS ensuite dans la vie civile. Les cérémonies de Nuremberg filmées par Leni Riefenthal montrent 500 000 personnes assistant au froissement de chaque drapeau nazi - plusieurs dizaine de milliers - avec les 16 drapeaux "sacrés" représentant les 16 morts du putsch raté de Munich pour communiquer leur force. On pourrait multiplier les exemples à l'infini (rôle du serment, ....).

Le symbolisme n'était pas accessoire au système Nazi mais essentiel : c'est justement grâce à ces symboles très forts que Hitler et le parti Nazi ont pu prendre le contrôle total d'un des peuples les plus civilisés au monde pour l'entraîner dans un projet inédit par son amoralisme et sa violence. August von Kageneck, dans son livre : "Lieutenant de Panzers, j'avais dix-huit ans quand je pénétrai en Russie comme lieutenant de Panzers" - depuis marié à une française écrit : "au départ, je voulais écrire ce livre pour rendre impossible le retour d'une pareille tragédie, puis voyant la rapidité de la réconciliation franco-allemande, je l'ai écrit pour faire comprendre comment et pourquoi l'Allemagne est devenue 12 ans durant la honte du genre humain .... Il montre, dans une famille de noble plutôt méfiants sur Hitler, le rôle de l'endoctrinement non par la pensée ou les idées mais simplement par les défilés incessants où sont "invités" les enfants dans des tenue para- militaires. Il est évidemment très difficile de résister longtemps sous peine d'arrestation. Après plusieurs années de lavage de cerveau, les jeunes étaient prêts à mourir pour leur Führer. Écoutons ce qu'il dit sur le fait qu'il reproche aux SS d'avoir copié la tête de mort des Panzers : "Étrange attraction que celle qu'ont toujours exercée la mort et ses symboles sur les Allemands. Les Germains portaient la tête de mort sur leur étendards ... C'est par les hussards à la tête de mort ... que nous est venu ce symbole ... strictement réservé aux équipages de chars ... Orgueil de classe ... certainement ... Dans un régime qui poussait le culte de l'élite à outrance ... On avait le droit de partir le premier à l'attaque ... L'insigne de notre arme signifiait moins la mort que nous voulions porter que celle que nous étions prêts à recevoir". Étonnant !

August von Kageneck perdit 2 de ses frères durant la guerre. Il compare l'expérience du nazisme à une expérience très en vogue après la guerre dans l'Allemagne détruite : le Rotor. Les gens rentraient dans des rotors géants et se faisaient "lessiver" et sortaient du rotor titubant. Il compare l'expérience du nazisme au rotor, le symbolisme ayant servi à faire entrer les gens dedans avant la vitesses explosive d'anéantissement.

Un dernier point moins connu sur Hitler : on connait tous la naissance de son sentiment raciste pan-germanique dans un empire austro-hongrois multi-ethnique où l'allemand n'était pas la seule langue. Quel paradoxe étonnant quand on se souvient qu'un an avant d'être nommé Chancelier, Hitler était apatride (il avait renoncé à la nationalité autrichienne pour ne pas être expulsé suite à des arrestations et condamnations multiples). On sait tous également que son chemin de l'anonymat absolu (début des années 20) vers Chancelier du Reich (un peu plus de 10 ans plus tard) fut semé de meurtres, crimes, intimidations et complots de toute sorte.

Une question demeure : certes, mais comment un tel parcours fut-il possible ? bien sûr, ses talents d'orateur, sa mémoire extraordinaire, une grande intelligence et compréhension de ses adversaires l'a grandement servi. Le contexte aussi. En 1928, il n'avait aucune chance. En 1931, avec 8 millions de chômeurs en plus et un discours démagogique, les choses étaient très différentes. Mais là n'est pas l'essentiel. Il est de notoriété publique que c'est l'adhésion d'Hitler à la société de Thulé (sorte de franc maçonnerie allemande - cf ouvrage de Philippe Valode : Hitler et les sociétés secrètes) qui lui conféra soutien de toute sorte - lui évitant de trop lourdes condamnations et lui donnant les informations nécessaires pour faire chanter Von Papen et l'amener à le nommer Chancelier. Cette confrérie prônant la supériorité de l'être Aryen convenait parfaitement aux idées racistes d'Hitler, décuplées par son échec à l'école des beaux arts de Vienne (jury autrichien et juif);

Le 3ième Reich n'a pas été qu'un empire - éphémère certes - classique. Cela a été un exemple quasi-unique à ce point d'expérience quasi mystique et démoniaque. Et au coeur de ce symbolisme, un homme : Hitler s'assimilant à un animal : Le Loup.
Voici pourquoi je fais le choix - discutable, j'en conviens, mais réfléchi de poser cette coïncidence (et les nombreuses autres - cf mes précédents posts), sur la table de l'histoire.

lundi 4 janvier 2010

Rebaptiser Wolfsburg (VW) ?



Plusieurs livres traitent, comme d'une évidence connue de tous à l'époque de la guerre, du surnom d'Hitler ("Wolf"). D'où mon étonnement qu'on ait pu renommer la ville nouvelle créée par ce dernier, du nom du château voisin : "Wolfsburg" ! cf mes posts précédents. Volontairement ou pas ? Comment personne n'a-t-il fait le rapport et si oui que sont devenus les réticences ? l'enquête reste à mener.

Je cite 2 livres intéressants sur le sujet :

le 1er : "AU RAVIN DU LOUP - Hitler en Belgique et en France, mai-juin 1940" par René Mathot aux éditions Racine. René Mathot, résistant et historien se livre à une minutieuse enquête auprès de témoins directs de l'époque sur le séjour d'Hitler au QG de la Wolfschluct (gorge ou ravin du loup).

page 83 : "Hitler, alors qu'il n'était qu'un agitateur politique dans les années 20, se faisait appeler "Wolf" par ses amis. Le général Engel (*), ancien aide de camp de Hitler, m'a dit - témoignage inédit - que Hitler lui avait confié que son père l'appelait "Wolf" lorsqu'il était enfant. Réminiscence filiale qui expliquerait l'appellation des QG commençant ou finissant par "Wolf". On connait les tensions qui ont existé entre Hitler et son père ... pourtant, dans la lettre adressée par Hitler .... de sa prison ... on trouve la signature "Wolf"."

(*)Entretien du 7 octobre 73

page 239 : Gerda Daranowski, secrétaire personnelle de Hitler : Nous avons pris nos repas au Kasino (Wolfpalast - cf photo) ... Amiral Karl-Jesko, aide de camp : je ne peux vous dire ce qu'était le Wolfpalast. Comme il faisait partie de l'auberge, il devait vraisemblablement servir de réfectoire pour les troupes."

Le second : "Le dossier Hitler" : dossier secret commandé par Staline au NKVD - services secrets - à partir de l'interrogatoire de 2 témoins directs, entre 1945 et 1949, et dont les procès-verbaux ont été retrouvés par un jeune historien allemand Matthias Uhl. Éditions Presse de la Cité.

page 57 : "Le thème cher à Wagner de l'antiquité germanique s'accordait bien avec les idées perverses de Hitler sur la pureté de la race germanique. C'est la raison pour laquelle il s'était lié d'amitié avec la famille de Wagner. La belle fille de celui-ci, Winifred, l'appelait "Wolf". Cela plaisait beaucoup à Hitler ; le fait d'être comparé avec cette bête assoiffée de sang l'impressionnait."

page 257 : "début avril 45, l'heureux événement attendu se produisit : Blondi (le berger allemand de Hitler - nb) eut 8 petits. 3 survécurent. Hitler offrit son propre nom au plus vigoureux d'entre eux : Wolf. pendant le mois d'avril, il restait parfois des heures dans un fauteuil dans le couloir du bunker, à jouer avec son Wolf chéri."

page 301 : "Au matin du 20 avril (nb : soit 10 jours avant son suicide) Hitler joua jusqu'au déjeuner avec Wolf, son chiot préféré."

Enfin, pour l'anecdote (mais en est-ce vraiment une ?) : Traudl Junge : "Dans la Tanière du loup", Les confessions de la secrétaire d'Hitler, aux éditions JC Lattès.
page 101 : "Sur le terrain du Berghof, Hitler conduisait une Volkswagen. C'était un cabriolet, une fabrication hors série, laquée de noir, avec des sièges en cuir."

Pour conclure, avant la phase d'enquête proprement dite sur les conditions de la dénomination "Wolfsburg", un rappel sur son utilité même. Et là, je cite le livre de Heinrich Breloer, "Speer et Hitler, l'architecte du diable" aux éditions Canal+ Editions. En exergue : "Les Hitler et les Himmler, on pourra s'en débarrasser. Les Speer demeurent parmi nous" de Sebastian Haffner - 1944. Puis en page 14, l'auteur rapporte une conversation entre Simon Wiesenthal et Speer : "si l'on avait su ce que nous savons aujourd'hui, vous auriez été pendu à Nuremberg en 1946. Et Speer de rester silencieux, et Wiesenthal de conclure que Speer savait qu'il avait raison. Rappelons que Speer fut ministre de l'armement à partir de 1942 et qu'il eut progressivement sous sa responsabilité directe l'ensemble de l'outil de production allemand, civil et militaire, soit 14 millions d'ouvriers.

vendredi 1 janvier 2010

Technologie et Masse

Où va le monde et où va notre monde occidental ? C'est une question que nous nous posons tous, après plus de 2 ans d'une des plus graves crises financières et économiques que le monde ait connues.

J'ai toujours été passionné par l'histoire et 2 événements récents ont remis sur le devant de la scène la Seconde guerre mondiale : l'excellent documentaire d'Isabelle Clarke : "Apocalypse" diffusé sur FR2 et la série hebdomadaire du Figaro.

Un aspect passionnant, selon moi, c'est l'interaction entre l'évolution des technologies et des armements dans des périodes si courtes. Quand on plonge dans le détail, on est étonné par le niveau de l'accélération des connaissances et des pratiques : guerre entre radars et avions, cryptages et décryptages, sous-marins et lutte anti-sous-marine, techniques de bombardements .... Il est évident que la nécessité de gagner la guerre pousse chacun à donner le meilleur tout de suite et cela change tout par rapport aux temps de paix.

Il y a un consensus sur l'avance technologique des Allemands qui développèrent les meilleurs systèmes d'armes, à l'exception notable de la bombe atomique (Hitler n'y croyait pas, les savants juifs dont Einstein avaient émigré et l'eau lourde indispensable fut détruite par la résistance).

Pour ce qui concerne les chars, le Tigre allemand sema la terreur chez ses adversaires, chars T34 russes et Sherman américain : il fallait en moyenne 10 chars pour abattre un Tigre. Certains commandants revendiquèrent plus de 150 victoires. Le Tigre avait la meilleure technologie, le meilleur blindage et le meilleur canon (canon anti-aérien de 88 mn tirant une cible quasi certaine à 2700 m en 4 secondes, autant dire que quand le char ennemi voyait la fumée c'était souvent déjà trop tard pour réagir). Lors de son premier engagement en 1942 sur le front russe, le Tigre essuya tout type de tirs tout en continuant le combat.

L'Allemagne perdit la guerre dans les conditions qu'on connait, alors me direz vous ? En fait, j'ai oublié un élément essentiel : le nombre. Jamais une arme n'inspira à l'ennemi une telle peur malgré le déséquilibre du nombre : 1500 chars Tigre construits pour près de 50 000 T34 et 40 000 Sherman. Le ratio de 1 pour 10 était donc suffisant pour terrifier tout équipage ennemi qui voyait un Tigre dans son viseur mais totalement insuffisant pour gagner la guerre. Le char Tigre ne fut utilisé en nombre qu'à la bataille de Koursk (150 pour 3000 chars engagés au total dans chaque camp) où il fut vite noyé sous la masse.

Quand on revient aux productions, il saute aux yeux que le rapport de 1 pour 70 ne représentait en rien la puissance respective des appareils de production de chaque camp. Le potentiel allemand était bien supérieur à ce ratio. Le problème venait d'un choix stratégique : Américains et Russes, sans concertation, décidèrent tous deux de privilégier un matériel simple, robuste et facile à produire. Les Allemands, qui avaient conçu le Tigre dès 1937 optèrent pour la technologie à tout prix. Ce faisant, ils construisirent le meilleur char du moment, mais très difficile à produire (et soi-dit en passant à transporter : il fallait lui enlever ses chenilles pour le mettre sur un wagon tellement il était large). Sa masse (56 T dont 14 pour la seule tourelle) exigeait des prouesses techniques (choix des alliages, usinage au micron, absence de frottements ...) qui empêcheront toute augmentation de la cadence de production initiale tellement les outils de production étaient sophistiqués.

Pour en revenir à ma question initiale : où va le monde ? je me demande si nous, pays occidentaux, ne sommes pas un peu comme ces généraux allemands qui en 1941 découvrirent les premiers prototypes roulants du Tigre : un peu trop confiants dans notre avance technologique !

La déconvenue de la perte du marché des centrales nucléaires à Abu Dhabi est là pour nous le rappeler. C'est parfois la technologie la plus fruste qui gagne sur la plus sophistiquée. Pareil pour l'industrie automobile, où d'ailleurs en toute logique nos amis Allemands rejouent la même partition de la technologie à tout prix alors que les Chinois et les Coréens avancent avec des voitures plus standards construites en masse.

Il est de tradition de porter des vœux en début d'année et je ne peux que nous souhaiter le meilleur, à nous Occidentaux, sur le plan économique. Mais je crains quand même qu'on ait dépassé - sans s'en rendre compte - le point de non-retour où la masse "asiatique" (car c'est quand même de ce dont il s'agit si on y inclut l'Inde par une légère approximation géographique ....) a déjà pris le dessus sur la technologie occidentale.

D'où bien sûr 2 réponses à l'opposé à mes 2 questions initiales : où va le monde : il avance, où va le monde occidental : il recule. Un peu comme dans une guerre où lorsqu'un front bouge, une armée avance et l'autre recule, ce qui change la perception des choses bien sûr, selon le camp auquel on appartient ! Alors, la solution : revenir à des choix plus simples, moins sophistiqués ? Ou le juste compromis ? par exemple, pour revenir au Tigre, un char gagnant à 3 contre 1 et produit à 15 000 exemplaires aurait sans doute été plus utile aux Allemands.