Ça y est : on est éliminé !
Tout d'abord, rappelons nous qu'on a toujours eu du mal à se qualifier pour les phases finales, et qu'en moyenne on y faillit une fois sur deux. Donc, en soi le résultat n'est pas aberrant. Au lendemain de la défaite de la France contre l'Italie en 2006, je ne partageais pas l'intérêt des médias et du public pour ce que Materazzi avait pu dire à Zidane (peut-être suis-je un peu trop réaliste mais je pensais que les joueurs s'insultent souvent et qu'ils s'agissait là d'une tentative de déstabilisation lambda). Je regrettais surtout qu'on ait pas joué nos chances jusqu'au bout comme si on n'avait pas conscience qu'une place en finale est en soi une chose extraordinaire : ainsi un vendeur de journal du kiosque de Saint-Philippe du Roule me disait :"on gagnera la prochaine fois" et moi de lui répondre : "il est plus probable qu'il n'y en aura pas d'autre occasion de notre vivant". Je me basais sur une statistique simple de notre performance depuis le début de la coupe du monde, malheureusement.
Donc 2006 fut plus l'exception que 2010 (1998 étant à part, nous étions chez nous. Les anglais voient de quoi je veux parler). Ce qui est intéressant aujourd'hui, c'est le contexte très particulier : rarement le grand public et la presse n'ont eu autant la prescience de cet échec annoncé. En management, c'est un cas d'école car on y trouve toutes les causes.
Un entraîneur discrédité, maintenu à son poste pour des raisons financières stupides (ne pas lui payer d'indemnités ?), qui n'a pas d'idées ou de messages à passer sur son sport et qui ne se fait pas respecter. La dernière polémique sur ce qu'aurait dit Anelka n'est que la suite logique d'une déliquescence générale dans l'équipe.
Malheureusement, et si l'équipe de France était représentative de son pays ? Et si nous ne valions pas mieux comme pays que cette équipe ? Pas très politiquement correct, d'accord. Vous voulez quelques exemples : au choix, l'esprit de lucre de ceux qui nous gouvernent (je pense à l'affaire Boutin et à ce qu'elle a révélé chez nos dirigeants), leur faiblesse et leur incapacité à gouverner (comparons les plans de rigueurs de l'Allemagne et de la France) et la démagogie de nos syndicats et des partis de gauche (faire payer les retraites par les riches !).
Vraiment, on espérait malgré tout un miracle pour l'équipe de France, il n'est pas arrivé. On espère aussi que la dégradation de la note de la dette française arrivera le plus tard possible mais nous serons surpris quand ça arrivera !
Vive l'équipe d'Algérie ! Ils en veulent au moins.
samedi 19 juin 2010
mardi 1 juin 2010
Le conflit Israël - Palestine : une analyse raisonnée
Le sujet est tellement sensible que le titre peu sembler provocateur, mais je vais quand même essayer puisque notre pays entretient de bonnes relations avec les 2 parties concernées.
Commençons par une évidence parfois oubliée : Israël est un état né de victoires sur le champs de bataille, et il n'est pas très différent en cela des autres si ce n'est que ces guerres sont relativement récentes et que la situation actuelle s'apparente plus à une situation d'armistice que de paix réelle. La France que nous connaissons est née des victoires de l'armée révolutionnaire de 1789 et de la paix réelle avec une Allemagne nazie vaincue et dévastée.
Le droit international est une belle idée quand les protagonistes sont également d'accord pour l'appliquer, sinon, c'est la loi du plus fort qui vaut. Les territoires palestiniens (Bande de Gaza, Cisjordanie et Jérusalem Est) sont soumis à la loi de leur vainqueur qui n'entend partager avec personne un pouvoir qu'il tient de ses victoires militaires. Israël entretient avec le reste du monde une relation faite d'un mélange d'autisme et de paranoïa qui consiste à ne jamais dévier de sa politique quel qu'en soit le prix, et les palestiniens savent que les pays arabes limiteront leur aide à des larmes de crocodiles, ce problème n'étant pas vraiment le leur.
Voilà, ça peut durer assez longtemps, surtout si on tient compte de l'exiguïté des territoires en question (Israël et Palestine) qui rendent impossible la sanctuarisation du terrain même pour la partie la plus forte militairement. Alors, pourquoi ce convoi ? L'objectif était sans doute de faire d'une pierre 2 coups : une victoire dans l'hypothèse fort peu vraisemblable ou Israël le laisserait passer, un drame utile dans l'hypothèse plus probable où l'arraisonnement se passerait mal en raison de la taille du convoi. C'est finalement ce qui s'est passé. La quasi-rupture des relations diplomatiques avec la Turquie sera toujours ça de pris.
Revenons à l'occupation d'Israël des territoires palestiniens et comparons là à l'occupation allemande de 1940 - 1944. L'occupation allemande fut brutale et totale au plan militaire, du maintien de l'ordre et des symboles : exécution répétée d'otages, condamnation à mort pour non respect de couvre feu ou manifestation (par exemple, le 1er "14 juillet" juste après la défaite), drapeaux allemands sur tout Paris et notamment les monuments - dont l'assemblée nationale. Elle fut brutale au plan économique avec des indemnités journalières exorbitantes, la fixation d'un taux de change spoliateur et des transferts de nourritures pour l'armée d'occupation permettant en fait de nourrir une partie de l'Allemagne.
L'occupation israélienne est différente sur ces 2 points : pour le premier, malgré la brutalité apparente l'état démocratique apporte une limite à cette violence (je comprends que certains puissent contester ce point), pour le second, on peut résumer en disant qu'il n'y a pas grand chose à prendre en Palestine.
L'occupation allemande ne fut pas l'occasion d'un soulèvement de masse du peuple français, la résistance active étant limitée à un nombre très faible de personnes, ce qui ne veut pas dire qu'elle fut négligeable ou inutile bien au contraire. Du coté allemand, malgré le mépris occasionné par la défaite de 1940, 2 sentiments coexistaient ; d'une part, la fierté d'avoir mis à terre un adversaire valeureux (cf 1914-1918) et d'autre part l'idée que la guerre gagnée il serait temps de distinguer les sous peuples des autres. Par chance, n'en déplaise à certain, nous étions du bon coté dans l'axe géographique Est-Ouest, il n'y a qu'à voir comment nos amis polonais ont été traités eux pendant la même période (et le sort de Varsovie avec la complicité active de Staline ...).
Là aussi, la situation est inversée : l'occupation israélienne - certainement parce qu'elle a été beaucoup plus longue que l'occupation allemande, a connu les révoltes générales des palestiniens (2 intifadas) rendant impossible la poursuite d'une occupation militaire classique et sa transformation en un blocus total. Je ne sais pas exactement ce que pensent les dirigeants israéliens des palestiniens mais j'ai peur qu'ils soient près de les classer dans une catégorie très inférieure à la leur et rejoindre finalement la classification de nos anciens vainqueurs sur les peuples slaves.
En synthèse, le cycle de la violence de cette occupation / blocus me semble avoir tout le carburant nécessaire pour perdurer encore pas mal de décennies. On ne voit pas qui les palestiniens pourraient avoir comme libérateurs externes. La seule voie sage serait sans doute pour eux la collaboration et l'abandon de la violence pour essayer de regagner démocratiquement les droits perdus, à l'image des noirs d'Afrique du Sud, mais c'est sans doute trop tôt. Dans cinquante ans peut-être un premier ministre israélien palestinien d'origine ? Cela ne m'étonnerait pas plus que ça.
Commençons par une évidence parfois oubliée : Israël est un état né de victoires sur le champs de bataille, et il n'est pas très différent en cela des autres si ce n'est que ces guerres sont relativement récentes et que la situation actuelle s'apparente plus à une situation d'armistice que de paix réelle. La France que nous connaissons est née des victoires de l'armée révolutionnaire de 1789 et de la paix réelle avec une Allemagne nazie vaincue et dévastée.
Le droit international est une belle idée quand les protagonistes sont également d'accord pour l'appliquer, sinon, c'est la loi du plus fort qui vaut. Les territoires palestiniens (Bande de Gaza, Cisjordanie et Jérusalem Est) sont soumis à la loi de leur vainqueur qui n'entend partager avec personne un pouvoir qu'il tient de ses victoires militaires. Israël entretient avec le reste du monde une relation faite d'un mélange d'autisme et de paranoïa qui consiste à ne jamais dévier de sa politique quel qu'en soit le prix, et les palestiniens savent que les pays arabes limiteront leur aide à des larmes de crocodiles, ce problème n'étant pas vraiment le leur.
Voilà, ça peut durer assez longtemps, surtout si on tient compte de l'exiguïté des territoires en question (Israël et Palestine) qui rendent impossible la sanctuarisation du terrain même pour la partie la plus forte militairement. Alors, pourquoi ce convoi ? L'objectif était sans doute de faire d'une pierre 2 coups : une victoire dans l'hypothèse fort peu vraisemblable ou Israël le laisserait passer, un drame utile dans l'hypothèse plus probable où l'arraisonnement se passerait mal en raison de la taille du convoi. C'est finalement ce qui s'est passé. La quasi-rupture des relations diplomatiques avec la Turquie sera toujours ça de pris.
Revenons à l'occupation d'Israël des territoires palestiniens et comparons là à l'occupation allemande de 1940 - 1944. L'occupation allemande fut brutale et totale au plan militaire, du maintien de l'ordre et des symboles : exécution répétée d'otages, condamnation à mort pour non respect de couvre feu ou manifestation (par exemple, le 1er "14 juillet" juste après la défaite), drapeaux allemands sur tout Paris et notamment les monuments - dont l'assemblée nationale. Elle fut brutale au plan économique avec des indemnités journalières exorbitantes, la fixation d'un taux de change spoliateur et des transferts de nourritures pour l'armée d'occupation permettant en fait de nourrir une partie de l'Allemagne.
L'occupation israélienne est différente sur ces 2 points : pour le premier, malgré la brutalité apparente l'état démocratique apporte une limite à cette violence (je comprends que certains puissent contester ce point), pour le second, on peut résumer en disant qu'il n'y a pas grand chose à prendre en Palestine.
L'occupation allemande ne fut pas l'occasion d'un soulèvement de masse du peuple français, la résistance active étant limitée à un nombre très faible de personnes, ce qui ne veut pas dire qu'elle fut négligeable ou inutile bien au contraire. Du coté allemand, malgré le mépris occasionné par la défaite de 1940, 2 sentiments coexistaient ; d'une part, la fierté d'avoir mis à terre un adversaire valeureux (cf 1914-1918) et d'autre part l'idée que la guerre gagnée il serait temps de distinguer les sous peuples des autres. Par chance, n'en déplaise à certain, nous étions du bon coté dans l'axe géographique Est-Ouest, il n'y a qu'à voir comment nos amis polonais ont été traités eux pendant la même période (et le sort de Varsovie avec la complicité active de Staline ...).
Là aussi, la situation est inversée : l'occupation israélienne - certainement parce qu'elle a été beaucoup plus longue que l'occupation allemande, a connu les révoltes générales des palestiniens (2 intifadas) rendant impossible la poursuite d'une occupation militaire classique et sa transformation en un blocus total. Je ne sais pas exactement ce que pensent les dirigeants israéliens des palestiniens mais j'ai peur qu'ils soient près de les classer dans une catégorie très inférieure à la leur et rejoindre finalement la classification de nos anciens vainqueurs sur les peuples slaves.
En synthèse, le cycle de la violence de cette occupation / blocus me semble avoir tout le carburant nécessaire pour perdurer encore pas mal de décennies. On ne voit pas qui les palestiniens pourraient avoir comme libérateurs externes. La seule voie sage serait sans doute pour eux la collaboration et l'abandon de la violence pour essayer de regagner démocratiquement les droits perdus, à l'image des noirs d'Afrique du Sud, mais c'est sans doute trop tôt. Dans cinquante ans peut-être un premier ministre israélien palestinien d'origine ? Cela ne m'étonnerait pas plus que ça.
dimanche 23 mai 2010
L'euro : l'épreuve du feu
J'appelle épreuve du feu ce moment clé où les protagonistes vont connaître succès ou échec. Je pense en premier lieu à l'effondrement de l'armée française en 1940 qui coûta indirectement la vie à 60 millions d'hommes et de femmes dans le monde, et qui pèse encore certainement aujourd'hui sur le moral de notre beau pays. Le feu renforce le métal et consume le bois : il n'a pas de pitié pour la beauté de l'objet, seule compte sa composition moléculaire. Les idées que défendaient la France d'alors étaient belles, mais elles ne pouvaient rien contre la volonté d'une machine d'acier.
L'euro traverse incontestablement son épreuve du feu, 10 ans après sa naissance. La lecture des attendus des traités de Maastricht et de Lisbonne est suffisante pour douter de sa capacité de résistance : Stabilité et croissance, tels étaient les objectifs. Stagnation et instabilité, voici le résultat.
Tout le monde, ou presque, sentait bien que la hausse de l'endettement public touchait à sa fin et qu'une remise en ordre des finances publiques serait bientôt indispensable. Le problème, c'est la méthode : tout miser sur la réduction des salaires de fonctionnaires et la hausse des impôts semble incertain, d'où la déception des marchés financiers. Tous les experts s'accordent à penser que seule la croissance et l'inflation peuvent permettre de rembourser des sur-endettements.
A la guerre, la priorité est finalement donnée à la première ligne au détriment de l'arrière. Pour nous, l'arrière, ce sont les retraités, les épargnants et la consommation. La 1ère ligne les gens qui travaillent, ou qui sont en âge de travailler, et la production. Tant que nous ne décréterons pas la mobilisation générale en Europe pour la croissance par la production et pas seulement par la consommation, qui est une sorte de drogue puisque nous n'avons pas les moyens de la payer autrement que par de l'endettement, nous n'y arriverons pas.
L'aspect positif des choses, c'est que parfois - même vaincu - on peut renaître de l'épreuve du feu. En tout cas, faisant fausse route, tout vaut mieux que le statu quo et c'est ce qui finalement me rend optimiste : il falloir changer en France, soit pour éviter la faillite, soit après la faillite.
L'euro traverse incontestablement son épreuve du feu, 10 ans après sa naissance. La lecture des attendus des traités de Maastricht et de Lisbonne est suffisante pour douter de sa capacité de résistance : Stabilité et croissance, tels étaient les objectifs. Stagnation et instabilité, voici le résultat.
Tout le monde, ou presque, sentait bien que la hausse de l'endettement public touchait à sa fin et qu'une remise en ordre des finances publiques serait bientôt indispensable. Le problème, c'est la méthode : tout miser sur la réduction des salaires de fonctionnaires et la hausse des impôts semble incertain, d'où la déception des marchés financiers. Tous les experts s'accordent à penser que seule la croissance et l'inflation peuvent permettre de rembourser des sur-endettements.
A la guerre, la priorité est finalement donnée à la première ligne au détriment de l'arrière. Pour nous, l'arrière, ce sont les retraités, les épargnants et la consommation. La 1ère ligne les gens qui travaillent, ou qui sont en âge de travailler, et la production. Tant que nous ne décréterons pas la mobilisation générale en Europe pour la croissance par la production et pas seulement par la consommation, qui est une sorte de drogue puisque nous n'avons pas les moyens de la payer autrement que par de l'endettement, nous n'y arriverons pas.
L'aspect positif des choses, c'est que parfois - même vaincu - on peut renaître de l'épreuve du feu. En tout cas, faisant fausse route, tout vaut mieux que le statu quo et c'est ce qui finalement me rend optimiste : il falloir changer en France, soit pour éviter la faillite, soit après la faillite.
dimanche 9 mai 2010
"L'ENGRENAGE Mémoires d'un trader"
J'ai lu d'une traite le livre de Jérôme Kerviel qui vient de sortir.
Bien sûr, la première question qu'on se pose c'est de savoir si son histoire sonne vrai et si sa version des faits est crédible. Il est vrai que c'est un livre écrit par quelqu'un qui va bientôt affronter la justice et cela met forcément le doute. Personnellement, je réponds oui : il y a dans ce livre une profondeur humaine et un niveau de réflexion, une précision de l'histoire et un sens du vécu qui m'a convaincu. Bien sûr, on peut regretter qu'il ne détaille pas plus les derniers mois fatals qui lui on vu prendre des risques exponentiels.
Le procès public permettra à la Société Générale de préciser sa version des faits, et à nous de vérifier s'il masque des éléments critiques, mais je serais étonné qu'ils puissent continuer à prétendre que l'ensemble de la hiérarchie a été trompée par un génial manipulateur et fraudeur comme ils l'affirment.
Cependant, au vu de l'histoire racontée, on comprend que la banque se soit sentie obligée de présenter cette version tellement les faits semblent accablants pour elle. Il y a une telle absence de réaction à l'augmentation vertigineuse des risques pris que je me demande dans quelle mesure on ne pourrait pas inventer la notion de "non-assistance à trader en danger"
Il faut lire ce livre qui contient plusieurs morceaux de bravoure dont le plus savoureux est sans doute la longue description de la "découverte" des faits par la plus haute hiérarchie de la banque, d'abord incrédule à l'idée d'un gain de 1,5 milliards d'€ sur 2007, puis convaincu et prête à se jeter dessus pour compenser les pertes sur les sub-prime, mais quelques minutes plus tard enfin lucide et se disant que les choses ont pu mal évoluer sur 2008 avec la question du "big boss" qui tue : "et sur début 2008, Jérôme, tu n'as pas pris trop de risque ?".
Parmi les quelques infos intéressantes : la réaction du back-office et du contrôle financier qui découvrant que la contrepartie "Baader" ne confirme pas (et pour cause), lui demandent de modifier la saisie en intitulant "contrepartie à confirmer"
On apprend aussi que le prix du silence est estimé par la banque à 700 000 € (cf copie des transactions de départ de ses 2 boss). Ce qui prouve soi dit en passant qu'il a quelques alliés au sein de la DRH de la banque !
Enfin, "last but not least", les conditions du dé-bouclage des positions, avec un trader ignorant ce qu'il fait au milieu de la salle de marché, un jour où Wall Street était fermé. Ce qui fait douter que les traders de la banque n'en aient pas profité pour cacher quelques noisettes (leur expression pour dire planquer des profits), surtout quand on a lu la pratique du fameux "mur de Chine" qui s'apparente à une vaste fumisterie.
Edifiant.
NB : j'ai lu le commentaire dans les Echos de Guillaume Maujean qui le qualifie de livre sans révélation. Peut-être dans la mesure où Jérôme Kerviel ne fait que réaffirmer sa thèse selon laquelle la banque ne pouvait pas ignorer ses positions, néanmoins je trouve que c'est assez percutant et ce sera au cœur du procès certainement.
Bien sûr, la première question qu'on se pose c'est de savoir si son histoire sonne vrai et si sa version des faits est crédible. Il est vrai que c'est un livre écrit par quelqu'un qui va bientôt affronter la justice et cela met forcément le doute. Personnellement, je réponds oui : il y a dans ce livre une profondeur humaine et un niveau de réflexion, une précision de l'histoire et un sens du vécu qui m'a convaincu. Bien sûr, on peut regretter qu'il ne détaille pas plus les derniers mois fatals qui lui on vu prendre des risques exponentiels.
Le procès public permettra à la Société Générale de préciser sa version des faits, et à nous de vérifier s'il masque des éléments critiques, mais je serais étonné qu'ils puissent continuer à prétendre que l'ensemble de la hiérarchie a été trompée par un génial manipulateur et fraudeur comme ils l'affirment.
Cependant, au vu de l'histoire racontée, on comprend que la banque se soit sentie obligée de présenter cette version tellement les faits semblent accablants pour elle. Il y a une telle absence de réaction à l'augmentation vertigineuse des risques pris que je me demande dans quelle mesure on ne pourrait pas inventer la notion de "non-assistance à trader en danger"
Il faut lire ce livre qui contient plusieurs morceaux de bravoure dont le plus savoureux est sans doute la longue description de la "découverte" des faits par la plus haute hiérarchie de la banque, d'abord incrédule à l'idée d'un gain de 1,5 milliards d'€ sur 2007, puis convaincu et prête à se jeter dessus pour compenser les pertes sur les sub-prime, mais quelques minutes plus tard enfin lucide et se disant que les choses ont pu mal évoluer sur 2008 avec la question du "big boss" qui tue : "et sur début 2008, Jérôme, tu n'as pas pris trop de risque ?".
Parmi les quelques infos intéressantes : la réaction du back-office et du contrôle financier qui découvrant que la contrepartie "Baader" ne confirme pas (et pour cause), lui demandent de modifier la saisie en intitulant "contrepartie à confirmer"
On apprend aussi que le prix du silence est estimé par la banque à 700 000 € (cf copie des transactions de départ de ses 2 boss). Ce qui prouve soi dit en passant qu'il a quelques alliés au sein de la DRH de la banque !
Enfin, "last but not least", les conditions du dé-bouclage des positions, avec un trader ignorant ce qu'il fait au milieu de la salle de marché, un jour où Wall Street était fermé. Ce qui fait douter que les traders de la banque n'en aient pas profité pour cacher quelques noisettes (leur expression pour dire planquer des profits), surtout quand on a lu la pratique du fameux "mur de Chine" qui s'apparente à une vaste fumisterie.
Edifiant.
NB : j'ai lu le commentaire dans les Echos de Guillaume Maujean qui le qualifie de livre sans révélation. Peut-être dans la mesure où Jérôme Kerviel ne fait que réaffirmer sa thèse selon laquelle la banque ne pouvait pas ignorer ses positions, néanmoins je trouve que c'est assez percutant et ce sera au cœur du procès certainement.
vendredi 30 avril 2010
Grèce : la suite ?
Le plan d'aide à la Grèce concocté actuellement par le FMI, la BCE et l'Europe devrait comporter un financement important en échange d'un renforcement des mesures d'austérité. Personne ne peut garantir aujourd'hui qu'il suffira à sauver la Grèce et à éteindre l'incendie qui démarre sur les risque pays européens.
J'ai déjà eu l'occasion de remercier - sans méchanceté ni ironie - nos amis grecs pour leur contribution bien involontaire à notre sauvetage. Je peux le faire à nouveau car si ce plan fonctionne, il sera difficile de ne pas nous l'imposer dans les années qui viennent, et s'il ne fonctionne pas nous pourrons toujours essayer de trouver une autre solution.
Mais, faisons un peu de prospective : quelles sont les chances de succès et existe-t-il une autre solution ? Toute l'inconnue du plan de sauvetage en cours réside dans la force de la déflation inévitable qui s'installera en Grèce. Les pays européens (Belgique, Hollande, Allemagne ou pays scandinaves) ou non (Canada, Québec ...) qui ont réussi le redressement de leurs finances publiques avaient des atouts qui risquent de manquer à la Grèce. Je crains fort que s'agissant d'un pays aussi faible avec une économie centrée sur le tourisme et fortement parallèle, le remède soit insuffisant : la force de la dépression risque au final d'annihiler les efforts d'économie. Bilan dans un an.
Au passage, je ne partage pas les commentaires négatifs sur l'attitude de la chancelière allemande. Elle est dans la situation difficile d'une personne qui ne peut se défendre même si elle est convaincue d'avoir raison, car victime du politiquement correct. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire ! Bien sûr, il est facile de lui prêter des considérations politiques (les élections prochaines). Je pense plutôt que c'est impossible pour quelqu'un qui n'est pas allemand de comprendre cette peur viscérale de l'inflation, de la dette, de la facilité financière qui amena le nazisme et les 8 millions de morts allemands. Ne comptons pas sur l'Allemagne pour partager notre sens du compromis et de l'hypocrisie bien français ! Ceux qui espère une attitude moins ferme prennent leur désir pour une réalité. Angela Merkel ne changera pas !
Mais revenons à l'économie. L'avenir n'est pas écrit d'avance, mais pourquoi ne pas réfléchir aux autres solutions ? La crise des années 30 s'est réglée dans le sang : peu souhaitable et improbable aujourd'hui. La crise du Japon des années 90 ne s'est pas réglée. Cela m'amène à une solution certes politiquement incorrecte mais que certains économistes appellent de leurs voeux : laisser les forces de marchés agir et arrêter de soutenir l'économie !
Évidemment, cela semblera en première analyse absurde à beaucoup, et pourtant je pense vraiment que c'est la seule solution. La chute massive des prix de l'immobilier et des actifs financiers (actions et obligations) qui en résulterait permettrait une redistribution des cartes au profit des jeunes et du travail au détriment du capital et des retraités, qui est la seule solution possible sur le moyen-terme.
Les japonais ont voulu à tout prix épargner leurs banques et leurs retraités (et pour cause, ils n'ont plus d'enfants) et ils ont choisi la voie du suicide économique (certes retardé et adouci au maximum vu leur niveau de développement) mais inévitable aujourd'hui.
Oui, une autre politique me semble possible. C'est peut-être d'ailleurs le bénéfice à attendre de cette crise grecque que d'obliger les états à changer de politique économique. Imaginons un CAC40 à 1000 points et un m2 à Paris à 1000 € (je suis d'accord ; seule une "faillite" permet d'imaginer cela). Mais si c'était la seule solution pour éviter les 40% de taux de chômage dans les banlieues et la révolution ?
Moi, ça me va.
J'ai déjà eu l'occasion de remercier - sans méchanceté ni ironie - nos amis grecs pour leur contribution bien involontaire à notre sauvetage. Je peux le faire à nouveau car si ce plan fonctionne, il sera difficile de ne pas nous l'imposer dans les années qui viennent, et s'il ne fonctionne pas nous pourrons toujours essayer de trouver une autre solution.
Mais, faisons un peu de prospective : quelles sont les chances de succès et existe-t-il une autre solution ? Toute l'inconnue du plan de sauvetage en cours réside dans la force de la déflation inévitable qui s'installera en Grèce. Les pays européens (Belgique, Hollande, Allemagne ou pays scandinaves) ou non (Canada, Québec ...) qui ont réussi le redressement de leurs finances publiques avaient des atouts qui risquent de manquer à la Grèce. Je crains fort que s'agissant d'un pays aussi faible avec une économie centrée sur le tourisme et fortement parallèle, le remède soit insuffisant : la force de la dépression risque au final d'annihiler les efforts d'économie. Bilan dans un an.
Au passage, je ne partage pas les commentaires négatifs sur l'attitude de la chancelière allemande. Elle est dans la situation difficile d'une personne qui ne peut se défendre même si elle est convaincue d'avoir raison, car victime du politiquement correct. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire ! Bien sûr, il est facile de lui prêter des considérations politiques (les élections prochaines). Je pense plutôt que c'est impossible pour quelqu'un qui n'est pas allemand de comprendre cette peur viscérale de l'inflation, de la dette, de la facilité financière qui amena le nazisme et les 8 millions de morts allemands. Ne comptons pas sur l'Allemagne pour partager notre sens du compromis et de l'hypocrisie bien français ! Ceux qui espère une attitude moins ferme prennent leur désir pour une réalité. Angela Merkel ne changera pas !
Mais revenons à l'économie. L'avenir n'est pas écrit d'avance, mais pourquoi ne pas réfléchir aux autres solutions ? La crise des années 30 s'est réglée dans le sang : peu souhaitable et improbable aujourd'hui. La crise du Japon des années 90 ne s'est pas réglée. Cela m'amène à une solution certes politiquement incorrecte mais que certains économistes appellent de leurs voeux : laisser les forces de marchés agir et arrêter de soutenir l'économie !
Évidemment, cela semblera en première analyse absurde à beaucoup, et pourtant je pense vraiment que c'est la seule solution. La chute massive des prix de l'immobilier et des actifs financiers (actions et obligations) qui en résulterait permettrait une redistribution des cartes au profit des jeunes et du travail au détriment du capital et des retraités, qui est la seule solution possible sur le moyen-terme.
Les japonais ont voulu à tout prix épargner leurs banques et leurs retraités (et pour cause, ils n'ont plus d'enfants) et ils ont choisi la voie du suicide économique (certes retardé et adouci au maximum vu leur niveau de développement) mais inévitable aujourd'hui.
Oui, une autre politique me semble possible. C'est peut-être d'ailleurs le bénéfice à attendre de cette crise grecque que d'obliger les états à changer de politique économique. Imaginons un CAC40 à 1000 points et un m2 à Paris à 1000 € (je suis d'accord ; seule une "faillite" permet d'imaginer cela). Mais si c'était la seule solution pour éviter les 40% de taux de chômage dans les banlieues et la révolution ?
Moi, ça me va.
mercredi 21 avril 2010
Vers une période cruciale ?
C'est entendu : l'Asie et les pays en développement qui ont peu souffert de la crise redémarrent fort, et les entreprises des pays développés qui ont mieux résisté que prévu présentent des résultats en progrès. Dans cette zone (Europe, États-Unis et Japon), les premiers signes de croissance sont là (avec un retard en Europe).
L'hésitation actuelle des marchés (avec une hausse symbolique depuis le début de l'année) n'est pas étonnante : elle tient à la façon dont tout ceci a été obtenu : par une forte aggravation des déficits et de l'endettement public qui n'est pas soutenable à long terme. Nul besoin d'être expert en économie pour comprendre que cela signifie à brève échéance arrêt des soutiens directs à l'économie et hausse des impôts. Bien sûr, nous savons tous que cela peut avoir un effet d'entraînement négatif, mais comment éviter ces mesures si les prêteurs l'exigent ?
C'est pourquoi je ne partage pas l'avis de ceux qui pensent que les difficultés de la Grèce seront réglées facilement. D'une part, il y a une vrai opposition en Allemagne à toute aide de l'Europe, et si malgré cela elle pouvait se mettre en place, d'une part ce serait au prix d'engagements très forts qui feront date pour les pays actuellement les moins rigoureux (au premier rang desquels la France), d'autre part tout laisse à penser que les marchés porteraient alors leurs nouvelles attaques sur les pays les plus faibles (Portugal et Espagne notamment).
En bref, et malgré la bonne nouvelle de la baisse de l'Euro, cette histoire grecque sent vraiment la fin d'une illusion ! Il va falloir bientôt penser l'économie autrement que par les soutiens directs étatiques et l'accroissement des déficits.
Mais est on prêt ? En France, sans doute pas. Encore une minute, monsieur le Bourreau !
L'hésitation actuelle des marchés (avec une hausse symbolique depuis le début de l'année) n'est pas étonnante : elle tient à la façon dont tout ceci a été obtenu : par une forte aggravation des déficits et de l'endettement public qui n'est pas soutenable à long terme. Nul besoin d'être expert en économie pour comprendre que cela signifie à brève échéance arrêt des soutiens directs à l'économie et hausse des impôts. Bien sûr, nous savons tous que cela peut avoir un effet d'entraînement négatif, mais comment éviter ces mesures si les prêteurs l'exigent ?
C'est pourquoi je ne partage pas l'avis de ceux qui pensent que les difficultés de la Grèce seront réglées facilement. D'une part, il y a une vrai opposition en Allemagne à toute aide de l'Europe, et si malgré cela elle pouvait se mettre en place, d'une part ce serait au prix d'engagements très forts qui feront date pour les pays actuellement les moins rigoureux (au premier rang desquels la France), d'autre part tout laisse à penser que les marchés porteraient alors leurs nouvelles attaques sur les pays les plus faibles (Portugal et Espagne notamment).
En bref, et malgré la bonne nouvelle de la baisse de l'Euro, cette histoire grecque sent vraiment la fin d'une illusion ! Il va falloir bientôt penser l'économie autrement que par les soutiens directs étatiques et l'accroissement des déficits.
Mais est on prêt ? En France, sans doute pas. Encore une minute, monsieur le Bourreau !
dimanche 11 avril 2010
dépression japonaise ?
On nous sert depuis 20 ans toutes les explications possibles à la fameuse dépression japonaise, qui se concrétise par un indice Nikkei actuellement au quart de son sommet atteint au plus fort de la bulle de la fin des années 1990 (pour se faire peur, cela reviendrait à un indice CAC40 à 1700 points en 2020 !).
La force des entreprises japonaises, dans l'industrie automobile et les biens de consommation notamment, nous interroge : comment un pays en déclin peut-il générer tant de champions ?
Certes, l'explication de la lenteur de la BOJ à réagir au début de la crise n'est sans doute pas fausse. De retour d'un court voyage au Japon, je vous propose une réflexion quelque peu différente, car si la cause était une politique erronée, ne peut on penser qu'en 20 ans quelqu'un aurait fini par trouver la solution ?
Revenons à Tokyo : mégapole de 35 millions d'habitants sur 5000 km2. 1ère ville au monde par sa taille, créée de presque rien au 19 ème siècle pour remplacer Kyoto, victime d'un tremblement de terre gigantesque et quasiment détruite par les américains lors de la 2ème guerre mondiale.
En effet, mis à part quelques quartiers miraculeusement épargnés, Tokyo est moderne à 95%. Les constructions ne sont pas très hautes (normes sismiques obligent ?) disons 240 mètres soit quand même plus haut que la tour Montparnasse. L'impressionnant n'est donc pas dans la hauteur mais dans le nombre. Prenez la Défense, rajoutez 10 étages à toutes les tours, multipliez la Défense par 2 ou 3, et ensuite vous répartissez cet ensemble 100 fois de suite dans toute la ville. Le compte doit y être.
Tokyo n'est pas une ville belle, c'est une ville immense bien organisée et riche. Alors, quel rapport avec leur dépression ? Une dépression à l'américaine entraînerait dévastation et ruine (cf Détroit qui selon son maire devrait être transformé en jardin potager !). Ici, rien de visible et Ginza reste l'avenue la plus chère au monde.
Je tente une explication : et si la dépression japonaise - bien réelle en terme d'indice - n'était simplement la conséquence d'une richesse maximale atteinte et indépassable ? Car enfin, combien de croissance font une dizaine de tours construites par an alors qu'il y en a déjà des milliers ? et on ne voit pas comment ils peuvent faire beaucoup plus.
En extrapolant aux pays développés : et si nos économies, qui n'ont pas connues les dévastations de la guerre depuis 70 ans, soit 2 à 3 fois la durée des périodes de paix précédentes, n'en pouvaient plus de notre opulence générale ? Évidemment, cela n'empêche pas le chômage et la montée de la pauvreté, bien au contraire.
Cela me renforce dans ma conviction : dans les 20 prochaines années, la croissance devrait être réservée aux pays neufs (Chine, Inde, Sud-Est Asiatique et Brésil), les pays vieux (États Unis, Japon et Europe) stagnant entre sur-endettement et vieillissement de la population.
La force des entreprises japonaises, dans l'industrie automobile et les biens de consommation notamment, nous interroge : comment un pays en déclin peut-il générer tant de champions ?
Certes, l'explication de la lenteur de la BOJ à réagir au début de la crise n'est sans doute pas fausse. De retour d'un court voyage au Japon, je vous propose une réflexion quelque peu différente, car si la cause était une politique erronée, ne peut on penser qu'en 20 ans quelqu'un aurait fini par trouver la solution ?
Revenons à Tokyo : mégapole de 35 millions d'habitants sur 5000 km2. 1ère ville au monde par sa taille, créée de presque rien au 19 ème siècle pour remplacer Kyoto, victime d'un tremblement de terre gigantesque et quasiment détruite par les américains lors de la 2ème guerre mondiale.
En effet, mis à part quelques quartiers miraculeusement épargnés, Tokyo est moderne à 95%. Les constructions ne sont pas très hautes (normes sismiques obligent ?) disons 240 mètres soit quand même plus haut que la tour Montparnasse. L'impressionnant n'est donc pas dans la hauteur mais dans le nombre. Prenez la Défense, rajoutez 10 étages à toutes les tours, multipliez la Défense par 2 ou 3, et ensuite vous répartissez cet ensemble 100 fois de suite dans toute la ville. Le compte doit y être.
Tokyo n'est pas une ville belle, c'est une ville immense bien organisée et riche. Alors, quel rapport avec leur dépression ? Une dépression à l'américaine entraînerait dévastation et ruine (cf Détroit qui selon son maire devrait être transformé en jardin potager !). Ici, rien de visible et Ginza reste l'avenue la plus chère au monde.
Je tente une explication : et si la dépression japonaise - bien réelle en terme d'indice - n'était simplement la conséquence d'une richesse maximale atteinte et indépassable ? Car enfin, combien de croissance font une dizaine de tours construites par an alors qu'il y en a déjà des milliers ? et on ne voit pas comment ils peuvent faire beaucoup plus.
En extrapolant aux pays développés : et si nos économies, qui n'ont pas connues les dévastations de la guerre depuis 70 ans, soit 2 à 3 fois la durée des périodes de paix précédentes, n'en pouvaient plus de notre opulence générale ? Évidemment, cela n'empêche pas le chômage et la montée de la pauvreté, bien au contraire.
Cela me renforce dans ma conviction : dans les 20 prochaines années, la croissance devrait être réservée aux pays neufs (Chine, Inde, Sud-Est Asiatique et Brésil), les pays vieux (États Unis, Japon et Europe) stagnant entre sur-endettement et vieillissement de la population.
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